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La pêche à la mouche des aloses...

 

L'alose (Alosa alosa) et l'alose feinte (Alosa fallax).

 

Les aloses sont des poissons migrateurs potamotoques (ils vivent en mer et se reproduisent en remontant en eau douce) de la famille des clupeidés dont les plus proches parents sont la sardine et le hareng.

L'alose feinte est généralement plus petite que la grande alose mais la différenciation entre les deux espèces ne se fait pour les individus de taille moyenne en particulier qu'avec le nombre des tâches noires qui ornent le flanc du poisson. Une tâche chez la grande alose contre 6 à 8 pour l'alose feinte.

La taille de la grande alose varie de 35 à 75cm pour un poids variant de 1 à 5 kg. L'alose feinte dépasse rarement les 40cm et se rencontre principalement en bord de mer et dans les estuaires.

Les aloses remontent parfois fort loin à l'intérieur des eaux douces pour frayer de manière particulièrement spectaculaire. Elles sont souvent freinées dans leur remontée par des obstacles où leur présence passe difficilement inaperçue. On les rencontre dans tous les fleuves côtiers ou presque et sur les grands cours d'eau qui s'y jettent. Le Rhône, la Durance et de nombreux autres grands cours d'eau abritent de belles populations de ce poisson.

La remontée débute parfois dès le mois de mars alors même que la pêche au streamer est encore interdite sur les eaux de seconde catégorie pour cause de fermeture de pêche au brochet. La pêche peut se pratiquer sur les eaux du domaine public maritime.

Cette migration annuelle se poursuit jusqu'à l'été avec un pic aux environs de la mi mai. Elle se fait en plusieurs étapes que l'on peut décomposer en migrations quotidiennes dont la succession permet l'atteinte des frayères. Les mâles restent parfois en eau douce longuement après le frai. Des captures régulières se font parfois jusqu'à la fin du mois de juin sur les sites les plus proches des frayères mais la taille des poissons et leur pugnacité n'a rien à voir avec le début de saison.

Les alosons redescendent en mer dès la fin de l'été après avoir passé la saison chaude à se nourrir d'invertébrés aquatiques d'eau douce.

 

Ce poisson est d'une exceptionnelle vigueur et sa pugnacité une fois piquée sur une canne à mouche passionne les pêcheurs sportifs les plus expérimentés.

 

Cette énergie déployée lors du combat doit être mesurée par le pêcheur afin de ne pas épuiser inutilement ce poisson et de le rendre à son élément dans de bonnes conditions. Le no-kill est d'ailleurs la meilleure recette pour préparer ce poisson dont les chairs sont truffées d'arrêtes…

Par ailleurs, ce poisson est soumis à une taille minimale de capture que je vous invite à connaître pour les parcours où vous pratiquerez pour ceux qui sont assez téméraires pour vouloir en consommer.

 

L'alose est particulièrement fragile et sa remise à l'eau doit être rapide après la capture. La réoxygénation (face au courant en accentuant la ventilation du poisson par un mouvement d'avant en arrière lent) d'un beau poisson ayant longuement combattu peut vous demander de longues minutes mais l'efficacité de ce procédé est grande.

 

 

Les postes de pêche.

 

Comme pour la pêche de toutes les espèces migratrices le principal vecteur de prise est le poste de pêche. En effet, le choix du pool et de la veine d'eau à prospecter est directement lié aux conditions de pêche (date, moment de la journée, temps, luminosité, etc.) et une bonne connaissance du parcours vous permettra des captures nombreuses et régulières.

Pour les zones les plus propices, il suffit de prendre des renseignements auprès des détaillants d'articles de pêche locaux ou de se borner à rechercher des zones d'obstacles (aval de barrages, de déversoirs, de grandes gravières peu profondes) des grands cours d'eau proches du domaine fluvial.

Les postes les plus riches seront généralement très faciles à repérer tant cette migration amène de pêcheurs sur des pools habituellement déserts le reste de l'année. L'affluence et la mixité font partie de la pêche de l'alose au fouet. Elle se traduit tantôt par beaucoup de convivialité mais hélas parfois par des dérapages propres au naturel humain. A nous de faire avec, sachant que ces moments de partages entre pêcheurs sont souvent très riches d'enseignements.

 

Dans la quasi-totalité des cas, les aloses restent dans les fosses en journée, dans des zones de faible courant et remontent quotidiennement à partir du déclin de la lumière vers les zones de courants, les obstacles, les gravières peu profondes.

Elles empruntent les veines d'eau qui bordent immédiatement le courant principal et passent par vagues de plus en plus nombreuses à mesure que la nuit approche. Des migrations journalières se produisent également lors de pluies, de mouvements d'eau importants (turbinage, lâchers, précipitations en amont…).

 

Ces particularités migratoires font de la pêche au fouet de l'alose une pratique qui s'exprime au mieux tardivement dans l'après midi avec un coup du soir qui s'allonge jusqu'aux limites de l'heure légale de pêche. La pêche en journée peut se pratiquer avec efficacité si l'on prospecte les zones calmes et profondes avec du matériel permettant une prospection profonde.

 

 

Le matériel pour l'alose.

 

En début de saison, la migration débute assez timidement avec l'arrivée des premières grandes aloses en eau douce. Les femelles qui sont plus grosses que les mâles sont majoritaires et les captures si elles sont moins nombreuses que lors du pic de migration restent cependant d'une taille très largement supérieure. Le matériel employé alors doit être calibré en fonction de l'incroyable puissance de ce poisson mais également de sa fragilité et donc de la nécessité d'écourter le combat au maximum. Une canne pour soie de 6 à 8 est nécessaire avec la soie adaptée en puissance. Pensez aux lancers en roulés parfois nécessaires pour pêcher les postes encombrés qui sont grandement facilités par les soies à doubles fuseaux (soies DT) et par les cannes longues qui aident également la maîtrise de la dérive. Un bon moulinet avec un frein sérieux et au moins 50 mètres de backing viennent compléter l'ensemble. Les bas de ligne seront simplifiés à l'extrême. Un mètre de pointe en 20 à 25/100 abouté à un mètre de 35/100 lui-même raccordé à la soie par un brin de 50 cm de 50/100 et vous pourrez vous mesurez au « saumon du pauvre » dans de bonnes conditions. Pensez aux bobines de rechange pour votre moulinet, une soie flottante et une plongeante vous permette de prospecter les différentes couches d'eau en fonction de l'avancement de la journée et de la migration journalière des aloses sur le secteur que vous pêchez.

 

Plus la saison avance plus la population d'alose s'équilibre avec l'arrivée des mâles plus petits qui deviennent parfois omniprésents en fin de saison. Les captures se font plus nombreuses mais le poids moyen des captures chute. Le matériel doit rester d'une fiabilité irréprochable mais les sensations deviennent décevantes lorsque l'on pêche des poissons de 50 cm avec une soie 7. On peut raisonnablement descendre en soie 5/6 en gardant à l'esprit que cet équipement plus fin sera plus agréable à manier et moins fatigant à l'usage. Il permet de remonter les plus gros poissons mais implique de ne pas finasser trop si vous en capturez un, il faut alors savoir être autoritaire dans le combat afin de ne pas dépasser les capacités de récupération du poisson.

Le bas de ligne sera identique à celui employé avec du matériel plus fort. Le moulinet gagne à être richement garni en backing les grosses surprises étant très fréquentes…

 

 

Les mouches à alose.

La pêche à la mouche des aloses...

Si le choix de la bonne mouche peut encore alimenter longuement les discussions des moucheurs passionnés, sachez que l'alose prend sur quasiment n'importe quoi pour peu que l'on prenne bien soin de le lui présenter correctement et à la bonne profondeur.

La taille tout d'abord doit être comprise entre deux et huit centimètres. Les petites mouches sont souvent les plus efficaces en fin de saison pour la pêche des petits poissons et lorsque la luminosité est importante. Les gros modèles ont la préférence des poissons sortant des fosses tardivement et permettent de limiter les engamages profonds.

 

La solidité de votre artificielle doit être sa première qualité, on voit trop souvent des hameçons ouverts à la touche, des casses à la courbure de l'hameçon lors du combat et d'autres désagréments qui se produiront forcément au moment où les touches se succèdent après de longues heures sans signe d'activité… Les références sérieuses d'hameçon à streamer pour la truite sauront résister aux assauts de la dure mâchoire des aloses. Sinon, les hameçons à mouches de mer sont d'autant plus solides et lourds qu'ils sont onéreux.

 

Les mouches casquées, les imitations de crustacés, les nymphes de type téléphones, les streamers à black bass donneront de bons résultats. Parfois l'alternance de leurres ternes ou brillants permet de déclencher des captures. La couleur noire est à privilégier lorsque la nuit tombe.

Contrairement à une idée reçue, il n'est pas besoin de pêcher très creux pour capturer des aloses, tout dépend de l'heure, du lieu et de la migration journalière. On peut même prendre efficacement des grandes aloses en surface avec des sèches de type mouches sèches à truites de mer, muddlers, grands sedges montés sur hameçons forts de fer et présentés sillant dans les fins de courants. Pour cela, il faut pêcher la demi heure avant la nuit noire ou exceptionnellement lors de temps orageux au dessus de gravières de moins d'un mètre de profondeur. Sur le domaine maritime la pêche de nuit est riche en émotions avec des muddlers qui se font littéralement agresser lorsqu'ils glissent en surface.

 

 

L'action de pêche.

Tout d'abord commençons par quelques généralités valables en toutes situations de pêche au fouet de l'alose.

Il est important de préciser que la pêche des deux espèces d'aloses se fait de la même manière et que seule la taille de l'hameçon employée peut amener des difficultés pour la capture des aloses feintes dont la gueule n'est pas d'une taille aussi importante que celle de sa grande cousine. Des hameçons 4 à 8 sont une moyenne passe partout particulièrement sécurisante si vous pêchez des parcours où les deux espèces d'aloses se croisent.

Il faut également savoir qu'il est rare que les captures se fassent loin de soi. Pensez à maîtriser parfaitement votre dérive plutôt que de rechercher des pêches longues où les touches se soldent généralement par des ratés.

Les touches d'alose peuvent se manifester de manières très variées allant de la tirée douce à une succession de petites tapes nerveuses en passant par le démarrage en trombe et le saut spectaculaire, streamer en gueule…

Soyez toujours prêts.

Un petit ferrage immédiat suivi d'un second ferrage tout en douceur vous permettront d'assurer la pénétration de la mouche dans la gueule extrêmement dure de ce poisson. La présence d'ardillon ne semble pas diminuer les décrochages qui sont souvent la simple conséquence d'un bridage excessif en fin de combat.

Les techniques de pêche à mettre en œuvre peuvent être scindées en trois grandes catégories, directement liées à la phase de migration du poisson dans l'avancement de la journée.

 

La pêche en journée.

 

L'approche d'un poste à alose se fait comme celle d'un pool à saumon. On se place de manière à poser la mouche trois quarts aval dans l'extérieur de la veine de courant à prospecter. Le bas de ligne, la densité de la soie et de la mouche doivent permettre une immersion correcte de la mouche. Globalement, plus la lumière est vive plus la pêche doit se faire lente et proche du fond. Plus la lumière est faible, lors de journées couvertes par exemple, plus la pêche se fera à proximité de la surface. On peut ainsi jouer sur la longueur de la pointe si l'on pêche des secteurs peu profonds avec une soie flottante ou alors en employant des soies plongeantes de plus densité de plus en plus forte. Les entrées d'eau dans les grands pools seront les secteurs à privilégier, sachant que les premières touches interviennent rarement en début de journée.

Une fois le lancer effectué on laisse la mouche plonger à la profondeur souhaitée et on maintien suffisamment de tension dans la ligne pour sentir toute saisie de la mouche par une alose à la descente.

La dérive est accompagnée en gardant toujours le contact. La présence ou non d'animation lors de la dérive est à définir en fonction de l'heure du jour. Plus les conditions sont défavorables, plus l'animation devra se faire discrète. L'animation pour récupérée la ligne descendue dans le courant à votre aplomb est elle primordiale surtout lorsque l'on pêche en waders sur des gravières peu profondes où les aloses ont tôt fait de se réfugier à l'abri du courant dans la perturbation que vos jambes immergées créent. Une animation très saccadée et rapide décidera un poisson ainsi posté.

 

Pour tester la zone, commencez par pêcher creux et avec des mouches colorées. Un train de trois mouches peut rendre des services inestimables en pleine journée pour trouver la bonne couche d'eau à exploiter. Pêchez donc avec une soie plongeante, un matériel lourd de type réservoir et essayez plusieurs animations avant de changer de soie (une intermédiaire ou une flottante) puis de poste si les touches se font toujours attendre.

Après avoir pris et relâché un poisson sur un poste, vérifiez votre montage et relancez sur le même poste, il est fréquent que des groupes d'aloses passent au même endroit en file pouvant compter un nombre important d'individus.

 

La pêche en fin d'après midi

 

La lumière baisse, tout se simplifie. Les remontées vers les hauts fonds vont se faire plus fréquentes et plus suivies et les poissons gagnent en agressivité.

Il peut être intéressant de procéder à un échange d'équipement à ce moment de la journée où l'après midi perd son nom. Une canne de soie 5 ou 6 devient alors un parfait auxiliaire qui décuple les sensations.

Les bons postes de remontées repérés, vous n'avez plus qu'à vous concentrer sur la dérive de vos mouches. Pour le début de soirée, en profondeur avec une soie intermédiaire ou une pointe longue et fine et une soie flottante. Lorsque l'on entame l'heure précédent la fermeture légale, une soie flottante devient généralement un avantage de poids même si cela reste à pondérer en fonction des postes prospectés.

Lors du pic de migration, sur un bon coup du soir une dérive sur trois peut être ponctuée d'une touche et une touche sur deux d'une prise… La pêche au fouet de l'alose est vraiment productive si l'on a la chance de se trouver au bon endroit et au bon moment.

Il est primordial de rester souple dans sa pratique de la pêche au fouet de l'alose. Un coup d'eau et les prises se feront au fond, un réchauffement ou un orage qui gronde et les captures se feront en sèche. En quelques minutes les conditions peuvent basculer et les prises s'espacer pour s'éteindre. L'adaptation avec des soies de différentes densités est très intéressante pour les moucheurs que nous sommes.

 

Les pêches nocturnes sur le domaine public maritime des fleuves.

Dans les parties les plus basses de nos fleuves, en aval de la limite de salinité des eaux, la pêche au fouet des aloses reste aisément praticable sur de nombreux secteurs.

 

La limite de l'heure réglementaire de fermeture de la pêche en eau douce ne s'applique plus et vous permet de poursuivre votre partie de pêche aussi tard que vous le souhaitez. Prendre ses dispositions pendant que la lumière du jour facilite toutes nos actions est une mesure de prudence nécessaire. Les sensations de pêche en obscurité presque totale sont tout bonnement extraordinaires mais tout devient plus délicat et parfois même problématique. Peu de matériel emporté, des mouches aux œillets larges, des pointes toutes prêtes et des bas de ligne à une seule mouche, un chemin de retour au véhicule soigneusement étudié ou balisé sont autant de gages de tranquillité dans votre sortie de pêche.

 

La dérive de la mouche est conduite comme lors d'une prospection classique d'un pool en journée mais les accélérations en cours de dérive se feront plus marquées de manière à faire siller en surface des mouches même légèrement lestées. L'animation devient vraiment déterminante en pêche nocturne de surface car il faut exciter le poisson et no plus simplement attiser sa curiosité. Les dérives doivent être courtes, nerveuses et rapides. Une touche ratée doit se solder par une présentation immédiate sur le même poste.

 

La pêche nocturne de l'alose au fouet est le cadre idéal à la pêche en sèche à l'aide poppers et muddlers. Si les touches interviennent mais que les prises sont rares, employez des muddlers montés avec un casque en tête qui sillent dans le courant sous un centimètre d'eau en produisant un V caractéristique en surface que les aloses se feront un plaisir d'interrompre.

La pêche au streamer classique garde ici toute son efficacité mais le fait de pêcher de nuit n'apporte ici qu'un faible avantage.

 

 

La pêche de l'alose et de l'alose feinte est riche en sensations. Ce poisson qui n'a aucune valeur pour la consommation humaine et fait un retour dans de nombreux fleuves français est un excellent moyen de s'éduquer à la pêche des migrateurs. L'attrait de cette pêche est d'autant plus grand que c'est une réelle école pour ce qui concerne la maîtrise de la pêche en streamer et mouche noyée aval, le combat de poissons puissants sur matériel fin et la cohabitation halieutique avec d'autres passionnés de tous horizons…

 

 

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